Vous trouverez ci après l’article paru ce jour sur le site http://www.solidairesdumonde.org/

J’en remercie vivement l’auteur et précise que le logiciel que j’ai évoqué est OpenYalim. Petit clin d’oeil à David également parce que pour le coup, je n’ai pas cherché à te faire de pub 😉

Lutter contre les fractures numériques : l’éducation d’abord

« Nous réaffirmons notre attachement au principe d’intégration : chacun, où qu’il se trouve, doit avoir les moyens de participer à la société mondiale de l’information et personne ne doit en être exclu. » C’est ainsi que le G8 il ya dix ans définissait sa volonté de lutter contre l’inégalité dans l’accès à Internet (G8 : Charte d’Okinawa sur la société mondiale de l’information, 2000).


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Sujet d’un atelier lors de la journée de conférences Web Diversity du 21 mai 2010, la notion de fracture numérique ou «digital divide», en anglais, reste aujourd’hui d’actualité. Elle correspond au fossé qui existe entre ceux qui utilisent les potentialités des technologies de l’information et de la communication (dans un cadre personnel ou professionnel) et ceux qui n’y ont pas accès pour des raisons d’absence de moyens ou faute de compétences. Il existe une forte inégalité de l’accès à Internet entre le nord et le sud. La quasi-totalité des 2/3 du monde non-connecté vit dans les pays du sud. Une différence qui s’explique par le cout de l’investissement nécessaire des infrastructures à mettre en place mais aussi de l’absence de volonté politique des gouvernements…

Animé par Gérard Dantec, Président du Chapitre Français de l’Internet Society (ISOC France) cet atelier a réuni :

Jean-Pouly, directeur de l’Agence mondiale de la solidarité numérique
• Nadia Mordelet, vice-présidente Marketing et Business Développement d’Alcatel Lucent,
• Jean-Patrick Ehouman, président d’AkendewaBarcamp Abidjan
• Yves Miezan-Ezo, administrateur ISOC France et membre du CHALA (club des Hommes et femmes d’Affaires du Libre en Afrique)
• et Albertine Meunier, de l’association Teatime et de l’atelier numérique au Mali « Toujours pas sages ».

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Lorsqu’ Evelyne Rogue sur son blog « Education Numérique, Informatique, Net Art… » titre un de ses articles « fracture(s) numérique(s) : un phénomène qu’il faut penser au pluriel», nous ne pouvons qu’abonder dans son sens. En effet, la fracture numérique résulte des fractures sociales produites par les inégalités sur les plans économique, politique, social, culturel, entre hommes et femmes, entre générations et zones géographiques… 3 dimensions de la fracture numérique peuvent alors être envisagées : l’accès physique lié aux infrastructures, la question de l’utilisation et celle de la qualité de l’utilisation.


La fracture technologique

Dans son intervention à Web Diversity, Nadia Mordelet, vice-présidente Marketing et Business Développement de l’équipementier en télécommunications Alcatel Lucent, a présenté le programme « Broadband for all » (le haut débit pour tous) d’Alcatel. Elle a donc tenu à aborder la question de la fracture technologique. Cette construction est confiée aux opérateurs privés (dans les pays du nord, le plus souvent, ces réseaux ont été financés grâce à l’impôt et au service public), qui se concentrent dans les zones urbaines où un équilibre économique est possible. En effet il est difficile de toucher les zones les plus pauvres et les zones rurales à faible densité, où la mise en place d’équipement n’est pas envisageable. Une des solutions proposées par le programme est la mise en place d’Internet Center (fixe ou mobile par l’intermédiaire de camionnette) permettant de régler le problème du manque d’équipement.


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La fracture liée à la formation

Au-delà d’avoir la possibilité d’accéder à Internet encore faut-il y avoir accès. Ces technologies nécessitent un apprentissage et un accompagnement dans leur utilisation. Le web reste également lié au monde de l’écrit (l’accès au web nécessite dans tous les cas la maitrise de l’écrit), à un univers anglophone puisque 45 % des pages sont en anglais et où les langues de civilisation orales sont particulièrement sous-représentées, mais aussi un monde multiculturel, en perpétuel mouvement et nécessitant de bonnes compétences technologiques.


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Taux d’alphabétisation dans le monde


La « net artist » Albertine Meunier, témoignait de ses deux expériences face à la fracture numérique : celle de l’âge avec son projet « Teatime with Albertine », atelier internet avec des femmes de plus de 77 ans et le programme « Toujours pas sages », atelier internet au Mali. Dans les deux cas, la lutte contre la fracture numérique passe par la volonté de privilégier l’expérience, l’initiative personnelle sans se focaliser sur les questions techniques. Avec Tea time with Albertine, quatre femmes de plus de 77 ans participent depuis plus de deux ans, et toutes les deux semaines, à un atelier animé par Albertine Meunier. Elles sont devenues, semble-t-il, très calées en innovations web : il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil aux vidéos thématiques produites chaque semaine. Au-delà d’une simple formation permettant de combler une fracture liée à l’âge, il est bien plus question de plaisir et de partage, bref d’un esprit que chez Regards sur le web on aime bien.

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Edith en pleine action sur l’Ipad


Albertine Meunier décidément intenable puisqu’après avoir fait entrer 4 femmes de plus de 77 ans dans l’ère du web 2.0, elle s’est tournée vers Boukary Konaté et les « Toujours pas Sages » pour l’assister dans la mise en place d’un atelier web au Mali pour faire découvrir Internet aux villages Maliens et dans cyber-cafés de Bamako.


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Photo de Ibrahima Konaté par Boukary Konaté


La fracture liée à l’éducation à l’utilisation des ressources

Jean Pouly, Président de l’Agence mondiale de la solidarité numérique, lors de son intervention à Web Diversity, a mis en lumière le lien étroit qui existe entre la liberté de s’exprimer et la liberté de savoir, qui est au moins aussi liée à une contrainte : l’apprentissage. Pour J. Pouly nous nous sommes trop focalisés sur la question du déficit technique (équipements électrique et téléphonique) alors que l’éducation est au moins aussi importante. Une question qui devrait être au centre des politiques d’aide au développement des pays du nord comme la France. Et Jean Pouly d’appeler de ses vœux une éducation à un regard critique sur les medias pour lutter contre ce qu’il appelle une fracture numérique 2.0. Il s’agit d’intégrer dans ce concept de fracture numérique les possibilités ou non d’utiliser les nouvelles opportunités permises par le web en matière de commerce, de soins médicaux et d’e-administration, le télétravail voire les nouvelles formes de loisir.

Comme l’a rappelé Yves Miezan-Ezo de l’ISOC France, les logiciels open source doivent être envisagés sérieusement , il s’appuie sur un exemple de programme d’e-santé permis grâce à ce type de logiciel (comme Pilot Systems). Une façon efficace d’éliminer l’épineux problème du coût de l’acquisition à condition d’avoir permis le développement d’une vraie culture du choix permettant d’envisager l’open source comme une réelle alternative aux logiciels propriétaires.

Jean-Patrick Ehouman est ensuite intervenu pour nous faire part de son expérience d’entrepreneur du web à Abidjan et de son expérience de président de l’ONG Akendewa et d’organisateur de la première édition du Barcamp Abidjan. Il est revenu sur son souhait de dynamiser l’industrie les usages spécialisés de l’internet et du mobile en partant des acteurs du bas de la pyramide : startup, amateurs, passionnés, travailleurs indépendants, entrepreneurs… Il a également insisté sur le rôle primordial de sponsors. Et pour le dire avec J-F. Soupizet, auteur notamment de La fracture numérique Nord-Sud « C’est la moindre capacité à s’approprier les technologies d’information et de communication dans un contexte structurel d’innovations successives qui fait la différence. En fait, dans un monde qui se globalise, ce retard menace d’accentuer toutes les autres disparités et c’est la raison pour laquelle une attention particulière est portée à la fracture numérique » (source). Des personnalités comme Jean-Patrick Ehouman et l’ensemble des intervenants de l’atelier portaient tous une forte volonté de faire bouger les choses.