par Eric BESSON, jeudi 1 septembre 2011, 12:18

Propos introductifs à la table ronde IPv6 – Bercy – 1er septembre 2011

 

Mesdames, Messieurs,

 

Je voudrais tout d’abord tous vous remercier pour votre présence. Faciliter et améliorer le déploiement du protocole IPv6 nécessite l’action concertée de l’ensemble des acteurs des réseaux nationaux : les fournisseurs d’accès internet, les équipementiers, les fournisseurs de services, la communauté technique de l’internet, ou encore les opérateurs de l’État.

 

Cette table ronde a deux objectifs :

–        premier objectif : partager nos analyses du niveau de compatibilité IPv6 au sein des réseaux et des services nationaux ;

–        second objectif : déterminer les modalités les plus efficaces pour réaliser la migration des infrastructures IPv4 dans les meilleurs délais, et pour favoriser l’accessibilité et la sensibilité à IPv6 de nos entreprises, notamment nos PME.

 

Le protocole d’adressage « IPv4 », qui accompagne depuis bientôt 30 ans le développement de l’internet, est d’une certaine manière victime de son succès. Les 4,3 milliards d’adresses « IPv4 » disponibles à l’origine s’épuisent en effet très rapidement.

 

Aujourd’hui, 2,1 milliards de personnes sont connectées à internet dans le monde. La France compte plus de 38 millions d’internautes, en hausse de 8 % sur un an. Plus de 23 millions de français disposent d’un téléphone mobile connecté à internet. Près de 2,1 millions de noms de domaines « .fr » sont déclarés, en croissance de près de 20% en un an. Les internautes français utilisent en outre plusieurs équipements –ordinateurs, téléphones mobiles, tablettes–, ce qui nécessite simultanément de multiples adresses.

 

Le 3 février dernier, les cinq derniers blocs d’« adresses IPv4 » ont été alloués aux registres régionaux. La croissance ininterrompue des besoins rend donc aujourd’hui critique la migration vers IPv6.

 

D’une part, au niveau de l’internet fixe, où les régions Asie et Afrique sont notamment en très forte expansion. La zone Asie-Pacifique, en croissance annuelle de plus de 700%, sera ainsi la première à épuiser ses adresses disponibles, probablement d’ici la fin de l’année. Avec 66 millions d’adresses encore libres, la pénurie du registre européen est prévisible d’ici mi-2012.

 

D’autre part, au niveau de l’internet mobile et de l’internet des objets. Les adresses internet soutiennent en effet en France principalement la croissance des services mobiles et des appareils connectés. Les nouveaux services au sein des véhicules connectés, par exemple, permettront au système de navigation, au téléphone de bord, à l’autoradio, aux lecteurs multimédias ou encore aux écrans présents dans l’habitacle de communiquer entre eux et avec l’internet. Avec la domotique, les systèmes de gestion de la température –et plus largement tous les capteurs au sein de la maison–, les alarmes, les stores ou encore –exemple indémodable– le réfrigérateur qui réalise tout seul ses achats chez les cybermarchands, nécessiteront tous des adresses sur le réseau.

 

IPv6 a été conçu pour remédier à ces besoins, puisque les adresses y sont pratiquement illimitées : 340 milliards de milliards de milliards de milliards… Avec 38 zéros, c’est un nombre difficile à se représenter ! La mobilité et la sécurité y ont en outre été intégrées dès l’origine, rendant IPv6 plus souple et plus robuste.

 

La France dispose d’un contexte favorable au déploiement d’IPv6. Premièrement, parce que ses industriels sont très compétitifs et proposent depuis plusieurs années des produits compatibles. C’est le cas pour les cœurs de réseau, avec Alcatel-Lucent, mais également pour les terminaux chez les particuliers, notamment les « box ADSL », avec Sagemcom ou Technicolor.

 

Deuxièmement, notre légitimité est forte vis-à-vis de ce protocole. De nombreux experts nationaux ont contribué à son élaboration. Avec le réseau RENATER, la France a mis en œuvre le premier réseau IPv6 expérimental dès 2002. Et, selon l’équipementier Cisco, la France serait à l’origine de près de 50% du trafic mondial IPv6 actuellement, grâce notamment aux déploiements précoces de nos opérateurs, tels que Nérim ou Free.

 

Toutefois, si des produits et des réseaux existent, comme la journée mondiale IPv6 du 8 juin dernier l’a illustré, l’adoption d’IPv6 reste lente. Lors du conseil d’administration de l’ICANN à Paris en 2008, j’avais fixé l’objectif que 25% des administrations publiques, des entreprises et des particuliers en France utilisent IPv6 en 2010. Aujourd’hui, le trafic IPv6 est estimé à environ 15% du trafic total en France. Il est estimé à 1% dans le monde.

 

La technologie IPv6 favorisera le développement d’applications internet innovantes, notamment autour des « réseaux d’objets ». Je considère donc qu’accélérer la migration vers IPv6 est impératif pour préserver la compétitivité de nos entreprises.

 

Les deux protocoles coexisteront plusieurs années. Les entreprises, comme les administrations, sont donc tentées de rester à l’ancien protocole. C’est pourquoi l’État doit montrer l’exemple. Avec la Direction interministérielle des systèmes d’information et de communication de l’État (DISIC), qui est la DSI de l’État, nous avons ainsi décidé que le futur réseau interministériel de l’État sera un réseau haut débit IPv6. Ce réseau assure l’interconnexion de l’ensemble des administrations, mais il concerne également les réseaux internes des administrations. Grâce à ce choix, c’est donc la totalité des réseaux de l’État qui seront compatibles IPv6 d’ici quelques années. La DISIC en exposera les modalités tout à l’heure.

 

Par ailleurs, comme nous l’avions inscrit dans le plan France numérique 2012, je vous annonce qu’une circulaire va être publiée afin que la compatibilité des matériels et des services avec le protocole IPv6 soit désormais systématiquement prise en compte dans les commandes publiques. Cette circulaire sera transmise dans les prochains jours à l’ensemble des acheteurs de l’État et des établissements publics, ainsi qu’aux collectivités territoriales.

 

En conclusion, l’évolution vers IPv6 nécessitera des investissements, autant sur le plan financier qu’en termes de formation pour les administrateurs et les techniciens informatiques. Elle nécessitera de vérifier que les performances de nos infrastructures et de services restent excellentes, notamment avec le déploiement du très haut débit.

C’est pourquoi je pense qu’il est indispensable désormais d’accélérer la transition vers IPv6. Cela permettra de lisser ces coûts sur plusieurs années et évitera de devoir migrer en urgence, lorsque « l’internet IPv4 » deviendra minoritaire. Cela permettra en outre à nos entreprises de se saisir de l’opportunité de l’évolution vers IPv6, comme vecteur d’innovation.